Vendre sa société via une holding : l’apport-cession (150-0 B ter) en 2026
Sommaire
- Qu’est-ce que l’apport-cession et pourquoi en parle-t-on autant ?
- Le mécanisme en trois étapes
- Report d’imposition : ce qu’on diffère, ce qu’on ne supprime pas
- La règle des trois ans : pivot du dispositif
- Le remploi obligatoire à 70 %
- PFU direct ou apport-cession : grille de décision
- Les cinq pièges à éviter
- Questions fréquentes
- Pour aller plus loin
Vous vous apprêtez à céder votre société pour plusieurs millions d’euros, et vous découvrez que l’impôt sur la plus-value représente 31,4 % du gain. Soit, sur une cession à 5 millions d’euros avec une faible valeur d’origine, plus d’1,5 million à acquitter dès l’année de cession. Le mécanisme d’apport-cession prévu par l’article 150-0 B ter du Code général des impôts permet, sous conditions strictes, de différer cet impôt en interposant une holding entre vous et l’acquéreur.
Différer n’est pas supprimer. C’est l’erreur d’analyse la plus fréquente en première lecture des dossiers. L’apport-cession n’efface pas l’impôt : il le met en pause, sous conditions de remploi. Mal exécuté, le schéma peut au contraire alourdir la fiscalité finale.
Cet article fait le tri entre ce que l’apport-cession permet vraiment, ce qu’il ne permet pas, et dans quels cas il a un intérêt réel. France Pro Conseil n’est pas votre fiscaliste : nous intervenons en M&A sur la stratégie et la valorisation de la cession, en coordination avec les conseils patrimoniaux qui structurent ce type de montage. Ce que nous voyons en pratique : la décision se prend 6 à 18 mois avant la signature, pas après.
Qu’est-ce que l’apport-cession et pourquoi en parle-t-on autant ?
L’apport-cession est un schéma fiscal codifié à l’article 150-0 B ter du Code général des impôts. Avant de céder votre société, vous apportez vos titres à une holding (généralement une société par actions soumise à l’IS que vous contrôlez), puis c’est la holding qui cède les titres à l’acquéreur final.
Effet immédiat : la plus-value que vous auriez réalisée en cédant directement vos titres n’est plus taxable l’année de la cession. Elle est placée en report d’imposition chez vous (l’apporteur, personne physique), et c’est la holding qui encaisse le prix de vente.
Pourquoi ce dispositif est-il si populaire dans les schémas haut de bilan ? Il permet, sous conditions, de conserver dans la holding la trésorerie nette d’IS (plus que ce que vous garderiez après PFU direct), d’investir cette trésorerie dans d’autres activités économiques sans avoir au préalable acquitté l’impôt, et de maintenir un report quasi indéfini si la holding garde les titres plus de trois ans avant cession.
Le contre-pied : c’est un report, pas une exonération. L’impôt reste dû à un événement futur. Cette distinction conceptuelle est centrale, comme nous l’expliquons dans notre page dédiée aux fausses bonnes nouvelles fiscales, l’exonération a un faux ami. L’apport-cession s’inscrit dans la logique plus large d’optimisation amont de la cession.
Le mécanisme en trois étapes
Étape 1. Création (ou utilisation) d’une holding contrôlée. Vous créez une holding (ou utilisez une holding existante que vous contrôlez). Elle doit être soumise à l’impôt sur les sociétés (SAS et SARL sont les formes les plus courantes) et vous devez la contrôler au jour de l’apport (généralement plus de 50 % des droits de vote).
Étape 2. Apport de vos titres à la holding. Vous apportez vos titres de la société opérationnelle à votre holding, en échange de titres de la holding. C’est une opération juridique précise (acte d’apport, évaluation par un commissaire aux apports dans certains cas). La plus-value latente sur vos titres apportés est calculée mais placée en report d’imposition.
Étape 3. Cession des titres par la holding à l’acquéreur final. La holding vend les titres à l’acquéreur, qui devient propriétaire de la société opérationnelle. Le prix de cession entre dans la trésorerie de la holding. À partir de là, deux scénarios différents selon le délai entre apport et cession (voir section suivante).
L’enchaînement se prépare typiquement 6 à 18 mois avant le closing. Un apport réalisé quelques semaines avant la signature avec l’acquéreur risque la requalification en abus de droit.
Report d’imposition : ce qu’on diffère, ce qu’on ne supprime pas
Le mot « report » est central. Il ne signifie pas « exonération ».
Au jour de l’apport : la plus-value latente sur vos titres (différence entre prix d’apport et prix d’acquisition initial) est calculée et déclarée, mais non taxée. Vous reportez la dette fiscale jusqu’à un événement déclencheur futur.
Les événements qui mettent fin au report et déclenchent l’imposition :
- Cession des titres de la holding par vous-même
- Rachat des titres de la holding par la société émettrice
- Annulation des titres (par exemple en cas de liquidation de la holding)
- Transfert de votre domicile fiscal hors de France (sauf UE ou conventionné)
- Non-respect des conditions de remploi si la holding cède les titres apportés dans les trois ans
Conséquence pratique : le report a de la valeur tant que la holding reste un véhicule d’investissement utile. Si vous liquidez la holding cinq ans après pour récupérer le cash personnellement, le report tombe et l’impôt initial devient exigible. L’apport-cession est un outil de différé et de réinvestissement, pas un outil de récupération immédiate du cash personnel.
La règle des trois ans : pivot du dispositif
Toute la mécanique tourne autour d’un délai : trois ans entre l’apport et la cession des titres apportés par la holding.
Au-delà de trois ans, le report d’imposition se maintient automatiquement, sans condition de remploi. La holding peut utiliser le produit de cession librement : investissements financiers, placements, capital risque, immobilier locatif. Tant que vous gardez les titres de la holding et qu’aucun événement déclencheur ne survient, le report continue.
Dans les trois ans, la holding doit s’engager à réinvestir au moins 70 % du produit de cession dans des activités économiques éligibles (voir section suivante). Le remploi doit être réalisé dans un délai de 36 mois suivant la cession. Les biens ou titres acquis dans le cadre du remploi doivent être conservés pendant au moins 5 ans.
Le seuil de remploi a été durci par la loi de finances pour 2026 (article 16) : il est passé de 60 % à 70 % pour les cessions réalisées à partir du 21 février 2026. Les conditions d’éligibilité ont également été resserrées.
Cette règle structure tout le calendrier du montage. Apporter à votre holding 18 à 36 mois avant la cession réduit la pression du remploi. Apporter quelques semaines avant la signature impose le remploi obligatoire dans la foulée.
Le remploi obligatoire à 70 % : ce qui est éligible et ce qui ne l’est pas
Quand le remploi est obligatoire (cession <3 ans après apport), la holding doit réinvestir au moins 70 % du produit de cession dans des activités économiques éligibles, sous le contrôle du BOFIP.
Sont éligibles : financement d’une entreprise opérationnelle (industrielle, commerciale, artisanale, libérale, agricole, financière), acquisition d’une participation dans une société opérationnelle, souscription au capital de nouvelles sociétés, certains fonds éligibles (FPCI, FCPR, SLP) sous conditions de quota.
Ne sont pas éligibles (ou strictement encadrés) : placements financiers passifs (assurance-vie, livrets, fonds obligataires), immobilier locatif passif (resserré en 2026), acquisition de biens personnels.
Conséquence pratique : si votre projet patrimonial après cession est purement financier, l’apport-cession avec remploi obligatoire n’est pas l’outil adapté. Si vous comptez réinvestir dans une autre activité économique, le dispositif prend tout son sens.
PFU direct ou apport-cession : la grille de décision
Le bon arbitrage dépend de quatre paramètres.
1. Quel est votre projet après cession ? Réinvestir dans une autre activité économique (créer, racheter, financer) rend l’apport-cession pertinent. Récupérer le cash personnellement à court terme ou vivre des revenus d’un patrimoine placé rend le PFU direct plus simple : le remploi 70 % ne serait pas tenu.
2. Quel est votre calendrier ? Cession à plus de 36 mois : apport possible immédiat, remploi libre à terme. Cession dans 6 à 18 mois : apport-cession structuré, remploi à anticiper. Cession dans moins de 3 mois : le montage est probablement trop tardif (risque d’abus de droit).
3. Quel est votre statut personnel ? Dirigeant qui prépare son départ à la retraite : l’abattement renforcé de 500 000 € (art. 150-0 D ter) peut être plus simple et suffisant, comme traité dans notre page sur l’exonération de la plus-value. Cédant jeune ou en milieu de carrière qui réinvestira : apport-cession naturellement adapté.
4. Tolérance à la complexité. L’apport-cession suppose une holding, un suivi annuel (formulaire 2042 case 8UT), une coordination patrimoniale pluriannuelle. Le PFU direct est plus simple. Cette friction se chiffre en honoraires, à arbitrer en regard du gain fiscal réel.
| Critère | PFU direct (31,4 % en 2026) | Apport-cession 150-0 B ter |
|---|---|---|
| Impôt acquitté au moment de la cession | Oui (31,4 % de la PV) | Reporté |
| Trésorerie disponible à titre personnel | Net après impôt | Bloquée dans la holding |
| Liberté d’usage du cash | Totale (personnelle) | Cadrée (objectifs de remploi) |
| Complexité administrative | Faible | Forte (suivi pluriannuel) |
| Pertinent pour qui ? | Cession finale, projet personnel | Cédant qui réinvestit |
Les cinq pièges à éviter
Apporter trop tard. Un apport réalisé dans les semaines précédant la signature avec un acquéreur déjà identifié expose à la requalification en abus de droit (procédure de l’article L64 LPF). L’administration peut alors traiter l’opération comme une vente directe et taxer la plus-value, plus pénalités (40 % à 80 %).
Sous-estimer le remploi 70 %. Si la cession intervient dans les trois ans, l’engagement de remploi est ferme. Ne pas tenir le quota dans les 36 mois rend l’impôt sur la plus-value exigible avec intérêts de retard.
Mauvais choix de support de remploi. L’éligibilité dépend précisément de la nature des actifs et de la doctrine en vigueur. Investir dans un fonds inéligible ou dans un actif immobilier passif ferait perdre le bénéfice du report.
Liquidation de la holding pour récupérer le cash. Si vous liquidez votre holding avant un événement extinctif naturel (donation, décès), le report tombe et l’impôt initial devient exigible.
Oubli des obligations déclaratives. Le suivi du report requiert des déclarations annuelles (formulaire 2042 case 8UT). Le défaut peut faire tomber le report par l’administration.
Questions fréquentes
Comment ne pas payer de plus-value sur la vente d’une entreprise ? On ne « ne paye pas », on optimise. Quatre leviers principaux : l’abattement renforcé de 500 000 € si vous cédez en partant à la retraite (art. 150-0 D ter), l’apport-cession via holding (art. 150-0 B ter, report d’imposition), les abattements pour durée de détention sous option du barème (titres acquis avant 2018), et le Pacte Dutreil si la transmission est à titre gratuit en famille.
Quelle est la manière la plus avantageuse fiscalement de vendre une entreprise ? Il n’existe pas de réponse unique. L’arbitrage dépend du projet post-cession (réinvestissement ou récupération du cash), du statut du dirigeant (proche de la retraite ou non), du calendrier et de la composition patrimoniale. Pour un dirigeant qui part à la retraite avec un projet patrimonial classique, l’abattement 500 000 € est souvent suffisant. Pour un dirigeant jeune qui réinvestira, l’apport-cession est généralement plus puissant.
Quel impôt quand on vend sa société en 2026 ? Le régime de droit commun pour la cession de titres par une personne physique est le prélèvement forfaitaire unique (PFU) à 31,4 % : 12,8 % d’IR + 18,6 % de prélèvements sociaux (suite à la hausse PS au 1er janvier 2026). Option possible pour le barème progressif, qui ouvre droit aux abattements pour durée de détention. L’apport-cession permet sous conditions de différer ce 31,4 %, pas de l’éviter.
Peut-on cumuler apport-cession et abattement 500 000 € retraite ? Non, pas sur la même plus-value. L’abattement de 500 000 € s’applique à une cession directe par la personne physique. L’apport-cession interpose une holding qui devient le cédant : ce n’est plus la personne physique qui réalise la cession. Une combinaison fine reste possible sur des structures différentes (cession partielle directe + apport pour le reste), mais ce sont des montages d’expert.
Pour aller plus loin
- Optimiser la cession d’une société
- Comment bénéficier de l’exonération de la plus-value
- Cession de titres : l’exonération a un faux ami
- Contact
Sources publiques de référence consultées pour cet article :




